Comment passer de la présentation à l'incarnation

Vous maîtrisez votre sujet. Mais lorsque vous prenez la parole, vous avez parfois l’impression de manquer d’impact. Ce que vous voulez, c’est franchir un palier et devenir cette personne dont on retient chaque mot. Cette personne que l’on a envie de suivre. Une présence qui s’impose sans forcer et sans surjouer.

 

Bref, vous souhaitez arrêter de présenter. Désormais, ce que voulez, c’est INCARNER.

 

Mais qu’est-ce que ça signifie, au juste, incarner ?

 

« Vaste programme », dirait de Gaulle…

 

Incarner, étymologiquement, c’est mettre en corps, c’est donner une existence corporelle à une idée abstraite, à un personnage ou à une entité spirituelle. Incarner, c’est, par voie de conséquence, devenir représentatif. 

 

On pense à la signification religieuse – l’esprit qui s’est fait chair – mais aussi au registre de l’art dramatique. Le comédien est celui qui incarne un personnage par excellence. 

 

Simon Abkarian a par exemple su incarner « de Gaulle » au cinéma. Sans forcer le trait.


OK, mais en entreprise, incarner, ça donne quoi ?


Spoiler : pas besoin d’être comédien. Pas besoin non plus de maîtriser à la perfection toutes les techniques de l’art oratoire.

 

En entreprise, inutile de vouloir jouer un personnage. Sur la durée, vous seriez démasqué. 

 

« Soyez vous-même, car les autres sont déjà pris » disait Oscar Wilde.

 

Cela ne vous empêche pas d'incarner par exemple : 

 

  • la fonction de dirigeant elle-même, notamment l’autorité et la vision stratégique
  • les valeurs de l’entreprise elle-même

 

Certains clients me demandent : comment faire pour incarner tout en restant moi-même ? 

 

En utilisant notamment trois leviers simples, que j’ai regroupés sous l’acronyme OSE :

 

  • Optimisation de l’image vocale et visuelle
  • Storytelling
  • Empathie 

 

Optimiser l’image vocale et visuelle pour être pleinement présent

 


L'incarnation passe d'abord par le corps.

 

Avant d’être un cerveau, vous êtes un corps et une voix. C’est ce que vos interlocuteurs perçoivent en premier lorsque vous prenez la parole. 

 

L’image que vous projetez dans les premières secondes de votre intervention est décisive car elle peut orienter l’avis de votre auditoire en raison du fameux « effet de halo ».

 

Cette image est à la fois visuelle et sonore. C’est pourquoi mes accompagnements incluent toujours une phase de préparation physique et vocale poussée.

 

Pourquoi est-il nécessaire de s’échauffer avant toute prise de parole ? 

 

Pour être pleinement présent et disponible pour votre public. 

 

Prenons l’image d’une maison. Votre corps, votre souffle et votre voix sont les fondations sur lesquelles vous allez bâtir votre prise de parole. 

 

Sans ces éléments, votre maison risque fort de s’écrouler. Surtout, vous risquez de manquer cruellement d’une chose qui fait défaut aux orateurs qui ne font que présenter : la présence. 

 

Un corps échauffé, c’est un corps souple, alerte, éveillé, ancré. Un visage expressif. Une voix échauffée, c’est une voix placée, plus riche, plus libérée, plus habitée. La combinaison de votre corps et de votre voix, c'est une présence qui rayonne.

 

Ce ne sont pas des détails.

 

Un chanteur ne commence pas un concert sans s’échauffer. Un tennisman ne débute pas un match sans avoir échangé des balles avec son adversaire. Un sprinter ne se lance pas dans une course sans s’être échauffé. 

 

L’avantage des exercices issus du théâtre et du cinéma, c’est qu’ils sont spécifiquement étudiés pour se détendre musculairement et se rendre disponible lorsqu’on est amené à prendre la parole.

 

L’objectif : que vous puissiez vous exprimer à 100% de vos capacités et même découvrir en vous des possibilités que vous ne soupçonniez pas.

 

En vous connectant pleinement à votre corps et à votre voix, vous devenez une version élargie de vous-même. Une version plus riche, plus présente.

 

Storytelling : quand le récit rend votre parole et vos idées vivantes 

 


Maintenant que vous êtes échauffé, passons au message.

 

De la Grèce antique à Hollywood en passant par le pingshu (l’art du conte chinois), l’impact produit par une histoire puissante n’est plus à démontrer. 

 

Le storytelling vous permet de captiver l’attention, de créer de l’émotion et de vous démarquer. 

 

Non seulement il rend vos idées concrètes pour votre auditoire, mais il exerce un effet sur votre parole.

 

Lorsque vous revivez une histoire en la racontant, votre visage s’anime, vos mains se mettent à bouger, le ton de votre voix devient plus varié. Votre parole devient physique. 

 

Pour incarner, vous pouvez donc partager vos convictions ainsi que votre expérience sous la forme d’anecdotes personnelles ou d’histoires.

 

Ne craignez pas de partager vos émotions. 

 

Traditionnellement, toute bonne histoire inspire deux types d’émotion : la crainte et la pitié. 

 

En usant de ces deux ressorts, vous pourrez faire naître des émotions chez votre auditoire, et ainsi mieux faire passer vos messages.

 

OK, mais qu’est-ce qu’une bonne histoire ?

 

Vos histoires doivent suivre la règle des 3 C. Elles doivent être :

 

  • courtes

  • concrètes

  • crédibles

 

Je reviendrai au storytelling dans une prochaine newsletter.

Disons que pour être puissante, votre histoire doit :

 

  • permettre à vos auditeurs de s’identifier
  • leur permettre de tirer un enseignement

 

Empathie : votre arme secrète pour inspirer confiance

 


Une chose qui amoindrit votre présence, c’est l’auto-contrôle. Au lieu d’être présent à votre auditoire, vous n’êtes qu’avec vous-même. À l’inverse, si vous vous décentrez pour être à l’écoute des attentes et des réactions du public, vous faites baisser votre niveau de stress.

 

Ce décentrage ne concerne pas que la forme.

 

Ce qui donne toute sa puissance à votre prise de parole, c’est lorsque vous ne parlez pas que de vous. Lorsque votre histoire déborde votre seule personne pour prendre une signification compréhensible par le plus grand nombre. Lorsque vous convoquez d’autres histoires que la vôtre pour évoquer une dimension plus élevée.

 

En tant que dirigeant, il s’agit par exemple de promouvoir des valeurs positives, de vous faire le reflet d’un sentiment collectif inexprimé (ex : « je sais que le premier semestre n’a pas été de tout repos… ») ou de donner voix à ceux qui n’osent pas prendre la parole (ex : « je comprends que certains d’entre vous puissent se sentir frustrés… »).

 

Incarner ne consiste pas à parler pour soi ni à soi. C’est parler depuis soi, au nom des autres. Comme un avocat qui parle au nom de son client.

 

Il ne s’agit pas de renoncer à votre posture de leader - vous parlez toujours depuis votre position de dirigeant - mais de donner un corps, une parole, donc une existence, à ceux qui ne parlent pas.

 

La seule force de conviction, la subjectivité d’une anecdote ou la seule beauté du style ne suffisent pas à captiver le plus grand nombre. l’éloquence pour l’éloquence rate toujours sa cible. On n’incarne rien en restant concentré sur soi et sur sa propre histoire. 

 

En tant que dirigeant, votre éloquence doit donc être au service d’une cause, d’une raison d’être, ou des personnes qui composent votre organisation. 

 

Incarner, c’est donner une existence corporelle. C’est également être représentatif. 

 

Or, pour être représentatif, la beauté de votre style oratoire n’a que peu d’importance comparée à votre capacité à prendre en compte ceux qui vous écoutent. 

 

Optimisation de l’image vocale et visuelle, storytelling et empathie, trois leviers pour passer de la présentation à l’incarnation.