Pourquoi la peur de parler en public est une chance
Trois personnes sur quatre seraient touchées par la peur de parler en public, la glossophobie.
Faut-il s'en inquiéter ? En d'autres termes, faut-il avoir peur d'avoir peur ?
Non, car la peur de parler en public est une chance.
Pourquoi ?
• Parce qu’elle active notre corps et nous met physiquement en tension
• Parce qu’elle indique que nous sommes conscients de l’enjeu
• Parce qu’elle nous rappelle que nous sommes responsables de notre parole
À une jeune comédienne qui lui disait ne jamais ressentir le trac, Sarah Bernhardt fit cette réponse célèbre : « Ne vous inquiétez pas, cela viendra avec le talent. »
Mais comment faire pour prendre davantage de plaisir à l’oral ?
Voici quelques outils et stratégies tirés de mon expérience et des dernières recherches en neurosciences.
D’où vient le trac ?
La perspective de prendre la parole déclenche généralement trois types de réactions :
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l’évitement : vous demandez à l’un de vos collaborateurs/collaboratrices de se charger de votre présentation ou vous estimez que cette interview média n’est pas assez stratégique pour vous
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le trac : un pic d’anxiété éphémère entraîné par l’exposition au regard d’autrui
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le stress : quand votre trac passe d’énergisant à épuisant
Le trac puise ses origines dans nos peurs ancestrales et dans l’angoisse instinctive d’être rejeté.e par nos semblables en s’exposant à leur regard et à leur jugement.
À la préhistoire, un rejet social nous condamnait à une mort quasi-certaine !
Le pic d’adrénaline produit par notre organisme avait une fonction bien précise : maximiser l’afflux de sang et d’oxygène dans nos membres et notre cerveau pour nous permettre d’affronter un opposant ou de nous enfuir, la fameuse réponse « fight or flight » (fuite ou combat) décrite par le physiologiste américain Walter Cannon dans les années 1920.
Heureusement, cette époque est révolue.
Il ne vous viendrait pas à l’idée de frapper Jean-Michel ou Catherine en COMEX (quoique).
Pour autant, s’exposer au regard de nos collègues n’est pas chose facile. Pourquoi ?
Souvent, le trac est proportionnel à la conscience que vous avez de l’enjeu. Votre appréhension prouve que vous êtes consciencieux et que vous n’êtes pas indifférent à l’importance de votre prise de parole et à ce que l'on pourrait dire de vous.
Certains acteurs ou chanteurs célèbres continuent de souffrir du trac même après plusieurs dizaines d’années de carrière. Jusqu’à en vomir avant d’entrer en scène, comme Jacques Brel en son temps ou la chanteuse Adèle.
Que se passe-t-il lorsqu’on a le trac avant une prise de parole à enjeu ?
Votre corps produit davantage d’adrénaline, ce qui augmente votre fréquence cardiaque, accélère votre respiration et vous stimule. Cela signifie que vous vous préparez à affronter la tâche qui vous incombe.
Résultat : Vous êtes énergisé, votre cœur s’emballe, votre respiration s’accélère, vos mains deviennent moites, vous rougissez, vos pupilles se dilatent…Et pourtant vous n'avez pris aucune substance illicite.
Votre débit de parole s’accélère également, ce qui fait que vous subissez le rythme de votre parole et que vous perdez en autorité.
Mais pourquoi continue-t-on à avoir le trac même après des années de pratique ?
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Parce que le trac n’est pas dans la tête. C’est une réaction physiologique, qui appelle une adaptation du corps, pas uniquement un changement d’état d’esprit.
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Parce qu’avec l’expérience, l’enjeu augmente souvent plus vite que la maîtrise. Vous aviez l’habitude parler devant 10 ou 20 personnes et vous vous retrouvez soudain propulsé.e devant 300 personnes. Le contexte d’évaluation a changé.
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Parce que le premier réflexe lorsqu’on a le trac est de vouloir se contrôler ou de s’auto-surveiller. On observe sa voix, on est attentif à son souffle, à ses gestes. On s’auto-évalue. Cette attention centrée sur soi entretient l’anxiété, même chez des personnes compétentes, parce qu’elle amplifie les sensations corporelles.
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Parce que la pratique ne suffit pas à réduire l’inquiétude. Si vous êtes généralement mal à l’aise à l’oral, prendre la parole en public plus souvent ne fera pas disparaître votre trac. La diminution de l’anxiété dépend de la façon dont l’expérience est traitée plutôt que de la répétition.
Et le stress, c’est différent ?
Quand le trac devient persistant et paralysant, il peut se transformer en stress.
Un agenda surchargé, une présentation bouclée au dernier moment, l’impression de ne pas être totalement en phase avec le message porté…Pour l’instant, vous débordez d’énergie mais vous sentez que vous marchez sur une ligne de crête. Il suffirait d’un grain de sable pour que la machine s’enraye.
Cela arrive notamment lorsque vous ressentez un déséquilibre entre ce qu’on vous demande d’effectuer dans le cadre professionnel et les ressources dont vous disposez pour y répondre.
Non content de produire de l’adrénaline, votre organisme produit également du cortisol, l’autre hormone du stress, dont la durée de vie est beaucoup plus longue que celle de l’adrénaline.
L’adrénaline redescend au bout de quelques minutes, mais le cortisol, lui, s’installe pour plusieurs heures.
D’autre part, le pic de cortisol intervient 30 à 40 minutes après le début du stress, ce qui fait que vous pouvez même être encore stressé après votre prise de parole !
Résultat : Vous passez d’un état « énergisé » où toute votre attention est mobilisée à un état de brouillard cognitif et de fatigue peu compatible avec la prise de parole. Vous avez du mal à vous concentrer, vous vous sentez fatigué, vous tremblez, votre coordination devient moins fine. Il vous suffit d’oublier un élément de votre présentation pour que tout l’édifice s’effondre.
Si vous êtes amené à prendre la parole plusieurs fois par semaine, il est même possible que votre taux de cortisol se maintienne à un niveau élevé et qu’un stress chronique s’installe. Puis un burn-out.
À bon entendeur...

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